Le chaî non manquant
LE CHAÎ NON MANQUANT
par Douglas G.A. Coburn AIIC

En matière de services destinés aux hommes, il y a un chaînon manquant crucial dans notre industrie, qui se situe entre l’éducation et la philosophie. De ce fait, nous demeurons hésitants et mal assurés en présence de nos clients masculins. En vérité, c’est probablement dû au fait qu’on ne nous a jamais appris à répondre à leurs besoins particuliers, à trouver les outils, les produits et les procédures adéquates; incapables d’obtenir la marque souhaitée. Dans notre secteur, l’industrie milliardaire du spa, il y a un chaînon manquant sur lequel on doit se pencher. Cette lacune réside dans notre éducation. Par exemple, en tant qu’étudiant mature, non seulement certaines écoles m’ont rejeté, mais en plus, je constituais un défi exténuant pour mes enseignants en raison de ma soif de connaissances. Je voulais tout savoir à propos des services et des problématiques de la gent masculine en lien avec les spas. J’étais le seul homme dans mon collège d’esthétique et j’ai tôt fait de découvrir qu’un défi de taille m’attendait si je comptais devenir un professionnel chevronné de l’esthétique. Cette expérience personnelle m’a poussé à scruter le passé.
L’Histoire démontre que l’industrie européenne de la beauté servait également la gent masculine auparavant. Je crois que c'est encore le cas aujourd’hui, contrairement au modèle nord-américain. Les cultures occidentales ont favorisé ce niveau de reconnaissance de la gent masculine grâce aux salons de barbiers, jusqu’à ce que ceux-ci tombent en désuétude. Alors, que s’est-il produit? La Seconde Guerre mondiale a permis aux femmes de travailler sur les chaînes de montage traditionnellement opérées par des hommes. Lorsque la guerre a pris fin, les hommes y ont repris leur place, et les femmes retournèrent sans enthousiasme à la plénitude domestique du foyer; avant même qu’elles n’aient eu le temps de s’en rendre compte, les emplois du secteur manufacturier étaient à nouveau occupés par les hommes. Ces dernières devaient alors se tourner vers autre chose, alors elles ont commencé à oeuvrer dans le domaine de la beauté. Une économie en pleine croissance, du temps libre et un pouvoir d’achat accrus sont les facteurs qui ont permis aux femmes d’offrir des services à la gent féminine et de contribuer à ce que l'industrie du spa prenneson envol. Dans un secteur dominé par les femmes, la ligne de conduite a été ainsi tracée et elle n’a pas bougé depuis. Au-delà d’un demi-siècle plus tard, nous nous trouvons à la croisée des chemins. Les hommes ont besoin de l’industrie du spa et celle-ci a besoin d’eux si on espère la propulser à la vitesse souhaitée. À mon école, et dans bien d’autres je crois, très peu de pages ou de chapitres de nos manuels sont consacrés aux besoins et aux services destinés aux hommes. Peut-être cela est-il dû au fait que certains éducateurs croient qu’il y a peu de différence entre les deux sexes. Si tel est le cas, c’est que le système d’éducation est défaillant. Ce dernier ne peut pas se permettre de stagner dans le monde en perpétuelle transformation qu’est celui de l’esthétique. Afin de rendre plus efficaces les services destinés à la gent masculine, il nous faut adopter de nouvelles idées.
Lorsque je m’adresse à des étudiants ou à des professionnels en esthétique au Canada et au États-Unis, je reconnais et complimente toujours mon auditoire féminin au sujet de ce qu’elles et leurs prédécesseures ont créé et accompli dans cette industrie. Tout récemment, dans une école située à Montréal, au Québec, les élèves étaient toutes des femmes. Tandis que j’expliquais les notions formatives au sujet des différences entre les techniques d’épilation à la cire masculine et féminine, chacune d’entre elles m’écoutait avec grand intérêt. Je les ai encouragées à faire preuve de créativité en matière de services masculins. Si tel n’est pas le cas, j’ai bien peur que la voie habituelle soit adoptée et que l’attitude, la philosophie et la technique de l’approche « féminine » soient tout ce dont le client pourra bénéficier. Je ne prône pas le déclin du code de conduite et de l’éducation en ce qui a trait à cette approche dans les salles de classe, mais j’affirme qu’il y a des lacunes au niveau de l’approche « masculine ».
Je crois que les instituts de spa et les enseignants ont tendance à s’asseoir sur leurs lauriers. Le système d’éducation ainsi que son contenu parviennent à peine à suivre le rythme imposé par le marché. Lorsque j’enseigne l’épilation masculine de base, je m’étonne toujours de ce qu’un cours peut révéler à un professionnel chevronné de l’esthétique. L’épilation masculine est totalement différente en termes d’anatomie et de design. Il faut reconnaître qu’« il » est aux prises avec un nouvel ensemble de critères établis par notre société, et ce, du travail à la chambre à coucher, en passant par la plage. La société le pousse directement à nos portes, et il nous faut adopter un langage, une formation et une attitude qui répond aux besoins de ces messieurs.
Je suis fermement convaincu que nous devons reconnaître cette problématique et en faire part aux autres; c’est-à-dire, le chaînon manquant au niveau de l’éducation. Je crois que si nous amorçons une conversation à ce sujet et que nous franchissons de quelques pas la ligne que je considère « vieux jeu », nous pourrons nous démarquer. Laissons tomber les procédés régis par le sexe que nous avons maintenus depuis un demi-siècle et faisons vivre aux hommes une expérience autre que celle de l’incertitude et du manque d’assurance de notre part. Si nous adoptons de nouveaux outils, que nous réorientons notre réflexion et que nous portons attention aux clients de la gent masculine, notre industrie sera florissante et en santé. Il est possible de mettre le doigt sur le chaînon manquant et de l'intégrer à nos outils de réussite de sorte à sécuriser notre périple vers le futur.