
Par Danné Montague-King Droits d’auteur sept. 2009
Si Brad Look possédait son entrée dans le dictionnaire des noms propres, on pourrait y lire la définition suivante : Plus grand maquilleur d’Hollywood, même si ce dernier trouverait sans doute l’idée dérisoire.

Somme toute, je dirais que c’est la personne la plus modeste et la moins exubérante que j’ai rencontrée dans le milieu du cinéma. Si son visage m’avait été inconnu, je l’aurais sans doute pris pour un agent de la CIA avec son regard aiguisé d’un bleu perçant et son expression faciale qui ferait l’envie de tout joueur de poker. En fait, j’ai rencontré Brad au Spago de Beverly Hills par l’entremise d’une jeune femme à qui il enseignait à l’époque. J’ai été fort impressionné par l’éventail considérable de ses connaissances pratiques quant à la manière d’aborder le maquillage cinématographique dans telle ou telle situation, mais j’étais loin de me douter qu’ultérieurement son indéfectible instinct et sa grande sagesse allaient être mis à ma disposition. En écrivant son nom dans un moteur de recherche, vous seriez à même de constater l’ampleur de sa contribution à l’industrie du cinéma, sans compter qu’il a reçu un prix Emmy!

Pendant plusieurs années, le maquillage a constitué pour moi un passe-temps. Durant les années 1970, alors que les concours et les spectacles de sosies étaient en vogue, il m’arrivait de transformer ma clinique de dermatologie de Chicago en atelier de maquillage le soir pour transformer les gens en Marilyn, Joan Collins ou Clark Gable, et ce, par pur plaisir. Au cours des années, j’ai expérimenté sur de multiples bases de teint et supports afin d’obtenir un effet correctif pour mes patient(e)s dont le visage était resté marqué par l’acné ou tout autre problème cutané. Pour ce faire, j’ai combiné diverses marques à d’autres ingrédients de sorte à reproduire l’effet naturel de la peau. J’ai aussi mis au point mon propre autobronzant, car je n’expose jamais mon visage au soleil (j’incite mes clients à faire de même, car les photodommages représentent l’une des principales causes du vieillissement prématuré). Malgré tout, quand venait le temps de recommander une marque de maquillage commerciale à mes client(e)s, je n’avais d’autres choix que de leur suggérer des marques à base d’eau ou qui ne contenaient que très peu d’huiles minérales.
Mon équipe internationale m’a imploré pendant quatre décennies de créer une gamme de cosmétiques, mais comme je savais que cela représentait un défi considérable et que cela me détournerait de mes recherches en dermatologie, j’ai écarté l’idée momentanément, tout en me disant qu’un de ces jours, le rêve deviendrait réalité!
Eh bien, voilà que ce jour est arrivé! Ce qui a d’ailleurs été rendu possible grâce à un chimiste ainsi qu’à un entrepreneur en cosmétique tous deux chevronnés : Tommy Parsons et Brad Look. Il est étonnant de constater tout ce que l’on peut apprendre lorsqu’on s’entoure des meilleurs éléments. Soudain, on se fait ouvrir des portes secrètes sur tous les plus grands talents de l’industrie et on a alors l’impression de faire partie d’un club très privilégié. Après avoir accepté de collaborer avec nous, Tommy m’a présenté aux chimistes à l’origine de formules entrant dans la composition de marques telles que Cinema Secrets, Joe Blasco, MUDD, etc. J’étais estomaqué d’apprendre qu’un tel laboratoire se trouvait seulement à quelques kilomètres de mon domicile depuis toutes ces années : les chimistes légendaires dans ma propre cour! J’avais des idées bien établies à propos du maquillage minéral qui est en vogue présentement : ce qu’il permet, et surtout, ne permet pas d’accomplir; aussi, je savais que les percées scientifiques de la recherche avancée sur les silicones étaient très prometteuses.

Idéalement, une base de prémaquillage devrait répondre à deux critères importants : d'abord, la pigmentation devrait assurer une couverture maximale (la plupart des marques contiennent seulement de 12 % à 15 % de pigmentation). Ensuite, il devrait s’agir d’une base naturelle par laquelle on obtient un mince film protecteur pouvant résister toute la journée ET QUI NE PRODUIT AUCUNE RÉACTION AVEC LES AUTRES PRODUITS DE SOINS POUR LA PEAU QU’IL DOIT RECOUVRIR! Non seulement un tel produit serait bénéfique pour enrayer les rides et autres signes de vieillissement, mais également pour les peaux qui présentent des marques d’acné adulte ou adolescent, des taches de vin, des cicatrices et même une décoloration de la peau comme c’est parfois le cas dans les communautés d’origine asiatique, africaine et hispanique. D’ailleurs, cette grande partie de la population n’a jamais vraiment été comblée en matière de produit spécifiquement conçu pour leur type de peau. Dans tous les cas, même pour les hommes, une base de prémaquillage devrait passer inaperçue au toucher comme au coup d’œil, même sous la lumière vive du soleil.
Nos cerveaux œuvrant tous de concert avec de brillants chimistes (ces héros méconnus dont le nom ne connaîtra jamais la gloire), auront permis, selon moi, d’établir la meilleure fondation qui soit. Qui plus est, on a la chance de disposer d’experts tels que Brad qui teste nos produits en studio sur de véritables acteurs et est en mesure de nous indiquer par la suite quel produit est au point et quel autre requiert encore de légères modifications.
Bradley M. Look est né à Glasford en Illinois où il a grandi dans des circonstances ordinaires comme un enfant ordinaire du Midwest. Mais, en 1976, alors que le bicentenaire des États-Unis battait son plein, sa vie a pris un tournant extraordinaire. Son talent pour créer des merveilles à partir de presque rien l’a propulsé sous les projecteurs alors qu’on lui demandait son aide pour concevoir des costumes et des maquillages pour la pièce du Bicentenaire mettant en vedette les pères fondateurs des États-Unis, dont Abraham Lincoln, Thomas Jefferson, etc. Ce qui incluait de fausses barbes, des prothèses faciales, et des contours correctifs. À cette époque, Brad commençait tout juste l’école secondaire et ne disposait d’aucune formation en cosmétique; il commandait son maquillage par magazines et apprenait le métier dans des livres, principalement dans la bible du maquillage de Richard Corson. Des années plus tard, il s’est retrouvé à Hollywood, œuvrant pour un fournisseur de produit de beauté qui desservait le milieu cinématographique. Grâce à ce poste stratégique, il s’est vite fait remarquer des studios et le reste est bien connu.
Dans une entrevue récente avec Brad pour la rédaction cet article, je lui ai demandé quel était le problème majeur des maquilleurs débutants qui veulent travailler dans les studios de nos jours? Il affirme que ces derniers ne connaissent rien aux valeurs de couleur, pas plus qu’ils n’y portent attention. De plus, ils semblent également souffrir d’un manque flagrant de connaissances théoriques du maquillage et même des produits; ils préfèrent utiliser ce qui est à la mode, ce qui est en vogue (peu importe sur qui ils travaillent) et le pire c’est qu’ils savent POURQUOI c’est à la mode et en vogue!
« Bon nombre de jeunes maquilleurs sont confrontés aux horreurs de la haute définition et ne peuvent composer avec l’aspect totalement artificiel que la HD peut conférer au maquillage ordinaire; ils ignorent qu’on utilise des caméras différentes d’une production à l’autre. » Brad fait partie du conseil du syndicat des maquilleurs et met tout en œuvre afin de donner une formation plus approfondie aux débutants. Il insiste sur le fait qu’il existe deux types de maquilleurs : les « duplicateurs » (qui peuvent reproduire un modèle de base) et les « artistes » (qui CRÉENT des concepts).
Il m’a aussi parlé de la prise en charge des acteurs, surtout les grandes vedettes, qui tient à la fois de la mission de gardiennage et de la psychothérapie : « Brad Pitt, par exemple, ne donne qu’une heure et demie à son maquilleur pour chacun de ses personnages. Ce qui implique qu’on doit être rapide et bien préparé si l’acteur doit passer de très âgé à très jeune en peu de temps comme c’est le cas dans son récent film L’étrange destin de Benjamin Button. » D’un autre côté, il dit que des acteurs comme George Clooney détestent le maquillage et parviennent parfois à leurs fins!
« Les couleurs sont très importantes, non pas les couleurs ridicules comme melon ambré ou fuchsia levé de soleil, mais les couleurs de base de type alimentaire qui semblent authentiques et auxquelles on peut s’identifier. La plupart des films n’ont rien du défilé de mode et de la photo de magazine; pourtant, les actrices vieillissantes doivent avoir l’air plus jeune et celles qui sont quelconques doivent avoir l’air plus jolies (ou plus laides) selon le rôle qu’elles jouent. » Brad m’a fait visiter le laboratoire principal qui conçoit les maquillages corporels intégraux pour des films comme Star Trek. J’ai même vu un très ancien « Robby le Robot » dans l’un des entrepôts du studio! J’étais stupéfaite devant l’ampleur du travail de modelage de précision qui a été nécessaire pour l’élaboration de ces pièces et prothèses; lesquelles devaient être appliquées avec réalisme sur des humains par des maquilleurs. Même pour les adhésifs et les colles, il faut apprendre des techniques spéciales.
Je suis fier d’avoir pris la décision, malgré un âge où je devrais songer à la retraite, d’établir un réseau international d’experts et ainsi créer la meilleure fondation qui soit. Le fait de pouvoir dire cela avec conviction tout en sachant que c’est la vérité procure me une sensation qu’on n’éprouve que très rarement dans une vie.
J’ai tenté de communiquer mon enthousiasme au stoïque Brad Look, mais il m’a fixé brièvement de son regard pragmatique l’air de dire : « On verra bien, Danné ». Mais je sais que secrètement, il est aussi emballé que moi; après tout, n’est-il pas le perfectionniste ultime qui a créé certains des visages les plus célèbres de l’histoire du cinéma?